Mariage & Trahisons, 1er scénario d’une campagne pour le jdr Tenga

J’ai beaucoup trop de travail en ce moment pour vous pondre de brillants articles sur tels ou tels sujets, forcement pertinent . Aussi, pour vous faire patienter, je vous donne le premier scénario que j’ai écrit pour le début de ma campagne pour le jeu de rôles Tenga. C’est un jeu de rôle à l’esprit et mécanique très originale qui vous plonge au cœur d’un Japon médiéval historique riche en rebondissements. Ce scénario compile de vraies phases d’actions (escarmouche et champ de bataille), à de beaux moments de diplomatie, en passant par quelques phases d’enquêtes bien venues. Il ne s’est pas exactement déroulé comme je l’avais prévu, mais ça fait partie du plaisir du jeu.

Remarque : Pour comprendre l’intrigue, je précise que « Angie » désigne la fille de Kenshin Uesugi promise à un mariage politique périlleux. C’est le prénom de la joueuse qui interprète ce personnage à ma table, car elle ne l’avait pas encore baptisé au moment de l’écriture.

Tenga : Mariage & Trahisons

 

Thème de campagne

En 1578, les joueurs forment un luxueux convoi exceptionnel qui attire l’attention des puissants seigneurs comme des plus avides brigands.

Alors que Nobunaga Oda gagne chaque jour en puissance, le légendaire Kensin Uesugi (p.79), seigneur de la province de Echigo, tente une ultime manœuvre politique pour reprendre l’ascendant. Il veut faire alliance avec les maitres de l’île du Shikoku, et la sceller par le mariage de sa fille avec leur seigneur : Motochika Chôkosabe (p.79). Ensemble Uesugi et Chôkosabe auraient peut-être la puissance militaire suffisante pour enfin limiter la progression du Tenga des Oda. Un potentiel rééquilibrage des forces qui inquiète au plus haut point Nobunaga, mais qui entraine le soutien discret de l’ensemble de ses détracteurs, dont l’Empereur.

Aux joueurs de parvenir à bon port (l’ile du Shikoku) en conduisant la promise et sa riche dote jusqu’à son futur époux en traversant tout le Tenga et son lot de menaces et trahisons permanentes.

 

 

Scénario n°1 : La forteresse en perdition

 

Introduction

Suivant la légendaire route du Nord (Hokurikudô), le convoi atteint la frontière ouest de l’Echigo marquant la zone de front entre les Uesugi et l’armée Oda aux ordres du célèbre Shibata Katsuie (p.73). Victime d’un automne pluvieux et glacial, le convoi s’enfonce péniblement sur une terre marécageuse ravagée par la guerre et la famine jusqu’à s’arrêter pour la nuit au Suraimu-Jô (le château de boue) d’un vassal : le seigneur Rokuro Satohoka.

Un fief au bord de l’asphyxie

Dès leur premier pas à l’intérieur du château, les joueurs peuvent se rendre compte par une foule de détails à quel point ce fief, jadis puissant, semble au bord de l’asphyxie. Rongé par les guerres incessantes, la plupart des hommes sont des vétérans mutilés, les murs sont jonchés de fissures que les artisans peinent à endiguer, et les enclos ou autres réserves de nourriture sont chichement remplis. De fait, le luxueux convoi des joueurs contraste nettement avec les quelques restes de grandeur qu’offrent les lieux. Ils se font donc clairement remarquer jusqu’à être conduit jusqu’à la salle du trône, face au seigneur Rokuro.

Entretien protocolaire et glacial avec le seigneur Rokuro

Après avoir monté deux étages, les joueurs entrent dans la salle de réception, une grande pièce rectangulaire dans laquelle chaque poutrelle de charpente soutient d’immenses et superbes masques de guerres ancestraux. En-dehors de la vingtaine de serviteurs et gardes présents, une petite cour d’une quinzaine d’intendants, courtisant et gradés militaires orbite autour du seigneur Rokuro Satohoka.

Rokuro est un ancien héros de guerre qui supporte maintenant mal le poids de ses 50 années. Son visage à la mâchoire carré et aux sourcils noirs épais reliés donne de lui une image de fermeté qui contraste avec sa pose lasse et ses épaules basses.

À sa droite, son fils, Kenzo Satohoka, se tient raide et solennel à la manière des militaires. Il n’a que 15 ans, mais affiche déjà une carrure et les armes d’un vrai samouraï.

Enfin, sur la gauche, et à un pas derrière de Rokuro, se tient debout l’intendant Mutsu Ubon. C’est un homme immense et frêle dont la maigreur empêche d’évaluer convenablement son âge (40 à 65).

Une fois les présentations d’usage effectuées, Rokuro comprend qu’il y a méprise. Il pensait que le convoi constitué les renforts qu’il avait sollicités auprès de Kensin Uesugi, alors qu’il ne s’agit que d’une charge de plus. Il s’attarde ensuite sur l’état critique de la situation sur le plan militaire et économique. Il annonce qu’une bataille décisive s’annonce dans les jours à venir, car il y a peu l’armée adversaire a effectué une percée importante sur le front.

Il déconseille donc au convoi de poursuivre sa route dans l’immédiat et d’attendre au château que la tension soit retombée.

Un réveil en fanfare

Après une nuit plutôt calme, au lever du jour, tout le monde est réveillé par le vrombissement des tambours de guerre. À la surprise générale, l’armée de Shibata Katsuie est aux portes de la forteresse et utilise des tambours pour provoquer et intimider ses occupants. À vue de nez, c’est plus de 500 hommes d’armes qui font face aux fragiles 200 soldats de la forteresse. Malgré ce rapport de force avantageux, les conquérants semblent vouloir éviter un assaut frontal et couteux des remparts, au profit d’une stratégie de siège.

D’ailleurs, il ne tarde pas à exiger la reddition pure et simple du Daimio Rokuro, en faveur de son fils Kenzo qui s’engagera par la suite à rejoindre les rangs du clan Oda. Une exigence « diplomatique » inattendue qui suscite immédiatement des tensions suspicions au sein du château.

Dès lors, les tambours ne s’arrêteront plus jusqu’à la fin de la partie afin de stresser au maximum les assiégés.

Un ragot, une info

En se renseignant un peu, il apparaît que :

  • Kenzo Satohoka se défend de toute implication dans cette histoire. Pris à partie par des courtisans suspicieux, il réagira très violemment en hurlant que jamais il n’oserait remettre l’autorité de son père en question. Il est plus que nécessaire de s’interposer et de le ramener à la raison pour éviter un bain de sang.
  • Un vétéran prétend avoir vu l’ancien maitre d’armes, Take Ubon, de Kenzo parmi les assaillants. Or la présence de quelqu’un ayant été aussi proche de Kenzo renforce les soupçons.
  • Rokuro Satohoka semble un peu humilié par une telle offre, mais se refuse à envisager une retraite forcée. S’il n’entend pas trahir son allégeance avec Kenshin, il sait son armée fragile et l’idée d’un massacre programmé pèse sur sa conscience.
  • Mutsu Ubon est un humaniste pragmatique qui cherche avant tout l’intérêt du fief et ses habitants. Mettant de coté l’honneur, il se montre ouvert, mais septique, à l’idée d’un rapprochement avec les Oda. Il cherche donc à savoir si Kenzo est réellement impliqué pour l’appuyer dans ce sens.
  • D’après les serviteurs, il n’y aurait assez de vivre que pour tenir une grosse semaine de siège. Après ce sera la famine.

Un raid éclaire

Un petit groupe de samouraï/éclaireur Oda est parvenu à s’infiltrer dans la forteresse en escaladant les parois extérieures, des quartiers pour visiteurs, pourtant très abrupts et réputés inaccessibles. C’est justement pour cela qu’elle n’était que très faiblement surveillée. Visiblement, leur ruse a fonctionné puisqu’ils ont de vraies chances d’atteindre les grilles au pas de charge en longeant le sommet des remparts. Les joueurs, seules personnes présentes, ont la possibilité de s’interposer au prix d’une aléatoire bataille en équilibre sur les remparts. Évidemment, s’ils ne font rien, on le leur reprochera vivement. Certain, les accuseront même d’avoir aidé ses hommes à escalader en leur lançant une corde de l’intérieur. À eux de s’innocenter en trouvant le responsable.

Sur la piste du traitre infiltré

En enquêtant, sur leur point d’entrer dans le château, il est possible de repérer quelques goutes de sang sur bord d’une lucarne et de constater qu’il n’y aucune trace de grappin. Une corde a donc bien dû être attachée de l’intérieur. En suivant ces traces de sang, il est possible de constater qu’elles mènent à l’un des dortoirs à soldat du château. En fouillant les affaires des occupants de cette pièce, il est possible de trouver le kimono de l’un d’entre eux à la manche tachée d’un peu de sang. Questionné vigoureusement, le propriétaire du kimono ensanglanté, un jeune ashigaru nommé Ido, avouera avoir trahi son maitre contre la promesse d’une somme importante. Négocier, il y a plus de deux semaines par un éclaireur Oda, le traitre a suivi leur instruction, mais c’est blessé par mégarde lors de l’encordage de l’un des soldats. On programme alors son exécution publique.

Demander des renforts à Kenshin en envoyant un message

Lors de l’exécution, il apparaît évident que la situation à court terme est intenable. Il faut donc impérativement que des renforts leur viennent en aide, mais pour ça l’armée de Kenshin doit être informée de la situation. Il faut donc envoyer un messager qui va devoir forcer les lignes ennemies.

Cette idée suggérée par Angie (PNJ) ou l’un des joueurs va rapidement convaincre les autres généraux. Tous décident donc ensemble de la marche à suivre : la méthode brutale et héroïque ou la discrète et subtile.

S’il choisit la méthode militaire classique, Rokuro approuve et une charge de cavalerie est programmée pour forcer les lignes et protéger un groupe de messager sur des chevaux plus rapide.

S’il suggère une méthode plus discrète, Mutsu propose à Rokuro d’utiliser leur passage secret. C’est un étroit souterrain dont la sortie donne sur la cave d’une petite masure de paysan situé derrière la ligne de front (au niveau de l’arrière garde et des généraux). Par contre, le passage est trop fragile et étroit pour faire passer une grosse troupe. On fait donc appel à une petite escouade agile et rapide.

Les joueurs peuvent y participer comme soldat à leur risque et péril, mais Angie les empêche de servir de messager et de la quitter trop longtemps. En tout cas, Kenzo Satohoka brule de prouver sa valeur et balayer les soupçons le concernant en participant à l’assaut, mais son père s’y oppose par prudence (ou méfiance).

Kenzo prit en otage pendant l’assaut

Quelle que soit la solution choisie, Kenzo parvient à intégrer le groupe des messagers en se faisant passer pour l’un des soldats en masquant son visage. Impétueux, il veut prouver sa valeur coute que coute. Lors du combat, il se sacrifiera d’une manière ou d’une autre pour que le messager puisse passer. Il sera donc pris en otage, mais l’espoir de renfort d’ici une petite semaine n’est pas perdu.

Si les joueurs n’ont pas participé à l’assaut, ils reçoivent le témoignage d’un survivant. Puis, alors qu’on veut glorifier la mémoire du soldat héroïque (faux Kenzo) en effectuant un rituel avec ses affaires personnelles on retrouve le soldat ligoter dans sa chambre. Il signale alors que ses le seigneur Kenzo qui à pris sa place de force en l’assommant par surprise.

Si certains songent à un acte héroïque trop téméraire de Kenzo, beaucoup pensent à l’inverse et l’accusent d’utiliser cette ruse pour pouvoir rejoindre l’armée ennemie. La tension politique est palpable et il faut toute l’autorité de Rokuro pour imposer le calme. Il est pourtant particulièrement affecté par cette nouvelle.

Le sacrifice de Kenzo : un chantage honteux

Alors que les rumeurs les plus infâmes circulent à son sujet, Kenzo apparaît aux portes de la forteresse. Il est nu, à genoux avec les mains liées comme le pire des brigands. Là, allant à l’encontre de tous les codes de l’honneur, un des généraux Oda (Tsuko Oda) menace de l’exécuter de la manière la plus humiliante possible dans les heures qui suivent, si la reddition n’est pas effective. On torture alors le jeune Kenzo en lui coupant un doigt et il pousse de vifs cris de douleur. S’en ait trop pour Rokuro qui se cloitre dans ses appartements pour réfléchir à une solution impossible. Kenzo est son unique héritier, mais il veut rester fidèle à son ami et seigneur Kenshin.

Mutsu à la manœuvre des négociations

Face à une telle situation, Mutsu, qui là encore est pragmatique, va chercher à trouver un terrain d’accord plus avantageux pour son fief. Il pense qu’Angie serait un otage beaucoup plus utile pour les Oda que la simple annexion de ce fief secondaire. Il cherche alors à négocier avec les Oda un tel accord pour ne le présenter à Rokuro qu’une fois finaliser. Il sait que s’il lui laisse trop de temps pour réfléchir son honneur risque l’empêcher d’accepter. Il compte donc sur la précipitation et la douleur d’un père pour faire bouger les choses dans son sens.

Aux joueurs de découvrir sa manœuvre par différends indices :

– Mutsu fouille dans les appartements d’Angie afin de trouver un objet (sceau familial, passe impériale, etc.) qui prouverait la présence de la fille de Kenshin dans la forteresse. Malheureusement pour lui, l’arrivée d’un serviteur la fait déranger certain objet dans la précipitation, mais il a qu’en même obtenue ce qu’il cherchait. On peut donc repérer le désordre et l’absence de l’objet voler. Puis enquêter auprès des serviteurs afin d’identifier les suspects possibles. En interrogeant puis en menaçant le seul serviteur présent sur place, il avouera avoir vu l’intendant Mutsu sortir précipitamment de la zone du vol et jure être innocent.

– Par la suite, en espionnant Mutsu, on le voit confier un message à un archer sur les remparts qui l’envoient ensuite discrètement par flèche dans le camp Oda. S’il est quasi impossible d’intercepter le message, les joueurs peuvent par contre attendre la réponse auprès de l’archer. En effet, Mutsu lui a ordonné de revenir au même emplacement dans une demi-heure pour récupérer la réponse des Oda et le lui ramener immédiatement. Il y a de multiples façons de faire collaborer le pauvre archer qui n’est qu’un pion involontaire de la manœuvre.

Voici leur réponse : « En échange de la fille de Kenshin Uesugi remise en otage, je m’engage à libérer Kenzo Satohoka puis à laisser votre fief intact et autonome. Cela uniquement sous réserve, d’un tribut de 1000 koku et la promesse solennelle de ne plus jamais aider les Uesugi de quelques manières que ce soit. Je tiens, par ailleurs, à signaler le profond regret qu’à susciter chez moi la nouvelle concernant l’attitude déshonorante de mon lieutenant Tsuko Oda dans cette affaire. Kaze Katsuie, Commandant de l’armée Oda du Nord ».

Les Oda détachent alors Kenzo et lui passe des vêtements dignes de son rang. Il sera désormais considéré comme un otage de marque.

Évidemment, si Mutsu ne reçoit pas de réponse de l’archer, il se doutera de quelque chose et agira rapidement en tentant de convaincre Rokuro du bien-fondé de sa démarche.

Sauver Angie

Pour sauver Angie, il faut agir vite.

Dès que Mutsu a le moindre doute, il fait séquestrer et garder Angie dans un recoin du château et part négocier avec son Daïmio.

Les joueurs peuvent donc prendre l’initiative d’informer Rokuro, mais ils finiront par devoir débattre avec Mutsu devant lui pour le convaincre de bonne marche à suivre. C’est un habile diplomate qui sait jouer sur les faiblesses de son seigneur pour obtenir son soutien. Au joueur de se montrer très convaincant.

Ils peuvent aussi chercher à libérer Angie de ses geôliers dans l’urgence. Puis de tenter de fuir ou de se barricader pour gagner du temps.

L’armée de Kenshin arrive à la rescousse

Alors que la situation semble désespérée, on entend le fracas de la bataille à l’extérieur du château. C’est l’armée de Kenshin qui bien qu’en sous nombre, fait un assaut fracassant dans les rangs de l’armée Oda. Celle-ci se reforme alors au pied des remparts pour contrattaquer. Là alors, Rokuro reprend ses esprits de militaire et ordonne à tous ses hommes d’aider l’armée de Kenshin depuis les remparts.

Les poursuivants des joueurs changent alors d’objectif pour se joindre à la bataille. Leurs forces cumulées finiront par prendre le dessus et massacrer l’armée Oda pourtant en surnombre. À la fin de cette bataille héroïque et historique, les premières neiges de l’hiver viennent laver le sang répandu. Pour laver son honneur, Rokuro décide d’abdiquer en faveur de son fils Kenzo à la tête du fief et de demander à son Daimïo la permission de se faire Seppuku. La demande est en court.

Une grande partie des suivants et du matériel du convoi ont été réduits en cendre, mais ils peuvent reprendre leur route.

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